Le don de soi

Donner. Un acte si simple et fréquent. On s’imagine souvent qu’on donne beaucoup, mais dans la plupart des cas, on pense plus souvent à nous qu’aux autres. J’ai élaboré une échelle beaucoup trop simpliste des étapes du don de soi. J’ai cependant besoin de votre collaboration pour la mettre à l’épreuve et l’améliorer. Tout particulièrement important en ce début de la nouvelle année.

Donner. Un acte destiné à se départir d’un peu de nous dans l’espoir de combler un besoin, de satisfaire un désir ou de réjouir l’autre. Il est malheureusement devenu un geste d’échange ou de négociation entre deux entités avares de pouvoir, de possessions, d’attention, etc. En voici quelques exemples :

Une compagnie partage une portion (plus ou moins infime) de ses profits pour une bonne cause, mais s’empresse de placarder tous les canaux de communications possibles afin de faire briller leurs actes et, impérativement, soutirer un capital de sympathie d’une clientèle actuelle ou potentielle. Ce capital se traduira inévitablement en une hausse des ventes.

À l’approche de Noël, on s’oblige à se rendre dans les magasins et on fait toutes les allées à la recherche d’une idée de cadeau à offrir à l’une de nos connaissances qui (on le sait) nous aura acheté quelque chose.

Dans toutes nos discussions, nous prenons un malsain plaisir d’étaler tout ce que nous avons fait pour les autres, d’énumérer tout ce que nous avons donné et de citer tous les compliments que nous avons reçus en retour. Nous oublions souvent que rester humble est aussi un signe d’altruisme.

Pour flatter notre propre égo, nous acceptons d’aller souper avec un(e) ami(e) avec l’arrière-pensée que cette personne le mérite. Que nous sommes une personne tellement spéciale que de lui octroyer un peu de notre temps est nécessairement lui faire le don ultime de soi. On imagine qu’on pose se geste purement pour l’autre.

Nous partons pour un voyage humanitaire dans un pays sous-développé dans l’espoir de changer le monde à nous seul. Rendus sur place, nous ne faisons rien pour que nos actions persistent après notre départ. Nous avons besoin de savoir que cette communauté nécessite notre aide et que sans nous, elle serait perdue. C’est flatteur, mais tellement égocentrique. (Pour plus d’allocentrisme, lisez mon article « Q & R : Comment pratiquer le bénévolat éthique? 7 règles »)

Mon échelle beaucoup trop simpliste

J’ai élaboré une échelle beaucoup trop simpliste des étapes du don de soi. Dans cette échelle, ne percevez pas seulement le côté matériel ou palpable du mot « donner ». Le terme peut signifier un objet oui, mais surtout donner de son temps, de son écoute, de son admiration, de son respect ou de son amour.

1. Tu reçois toujours et ne donnes jamais.

 

2. Tu donnes si tu reçois immédiatement après, ou seulement si tu sais que tu recevras en retour, sous peu.

 

3. Tu donnes et espères recevoir plus tard. (Plus tu avances dans cette étape, plus le terme « tard » devient élastique)

 

4. Lorsque tu reçois, tu te sens obligé de donner en retour. (Dans le sens où tu ne mérites pas d’avoir reçu et qu’une force intérieure te pousse à redonner en retour)

 

5. Tu donnes et n’attends rien en retour.

 

6. Donner te rend plus heureux que de recevoir, à tous les coups.

Dépendamment de la situation, à quelle étape êtes-vous? Allez, soyez honnêtes avec vous-même. Il n’y a aucun problème à être à l’étape 1. Le problème est lorsque nous sommes à l’étape 1, qu’on le sait, et qu’on ne fait rien pour passer au niveau 2.

Peut-être désirez-vous améliorer mon échelle? J’attends vos idées et suggestions.


Q & R : Comment pratiquer le bénévolat éthique? (7 règles)

De nos jours, il ne suffit plus de faire du bénévolat; il faut le faire adéquatement et éthiquement. Toutefois, avec tout le marketing qui est fait autour du sujet, il est difficile de s’y retrouver et de bien choisir. En m’inspirant de mes lectures exhaustives sur le sujet, ainsi que de mes expériences sur le terrain, je vous dresse mon propre portrait du bénévolat éthique, en sept règles.

Règle 1 : Éviter les vacances de câlins pour orphelins

(Don't go on a 'Hug an orphan' vacation)

C’est agréable des câlins. On aime tous se serrer dans nos bras et je suis moi-même un fervent adepte du câlin. Se pourrait-il toutefois que certains de nos câlins aient comme conséquence de blesser au lieu d’aider? Lorsqu’on serre un orphelin dans nos bras, le faisons-nous pour eux ou pour soi-même?

C’est malheureusement possible que l’on ait un impact négatif sur les gens qu’on a l’intention d’aider, volontairement ou non. Les bénévoles sont souvent attirés par le travail auprès des orphelinats, car ce genre d’implication est perçu comme une façon directe et concrète d’aider. Toutefois, les présences transitoires de nombreuses personnes non qualifiées à travailler auprès des enfants vulnérables peuvent avoir d’énormes effets négatifs chez l’enfant.

Beaucoup de projets de protection de l’enfance sont d’excellents projets, mais si vous n’êtes pas un professionnel formé et qualifié, il se peut que vous ne soyez pas le meilleur candidat pour venir en aide aux orphelins vivant des situations particulières et difficiles. Réfléchissez d’abord à ce que vous êtes qualifié à faire. Peut-être existe-t-il d’autres tâches importantes où vous seriez vraiment utile pour le projet?

Le bénévolat auprès des orphelinats cache aussi un autre problème encore plus sournois : l’explosion de la commercialisation et de la profitabilité du bénévolat. Comme dans n’importe quelle organisation à but lucratif, la règle de l’offre et de la demande s’applique, malheureusement avec une approche beaucoup plus perverse. Le passé a montré que si vous construisez un orphelinat, les orphelins deviendront disponibles. Les opportunistes peuvent donc profiter de la situation en exploitant des enfants vulnérables afin d’attirer les bénévoles. Les instances gouvernementales sont même souvent contre la création des orphelinats et préfèrent de loin le placement des enfants chez les proches de la famille ou dans d’autres milieux familiaux, plutôt que de les séparer de leur communauté.

Nécessairement, je serre constamment des enfants dans mes bras (même si je me freine souvent par préoccupation des différences culturelles). Toutefois, je n’ai pas encore travaillé auprès d’orphelinats et ma description de tâche ne se limite pas à « envoyer la main aux enfants », « jouer à se taper dans les mains » et « serrer dans ses bras un enfant par heure ». J’ai une implication primaire souvent pleine de sens et je garde en permanence une conscience sur l’impact de mes actions. Je m’assure aussi que les gens avec qui je travaille, particulièrement les enfants, savent que je suis ici pour un temps déterminé et qu’un jour, bientôt, je les quitterai.

Règle 2 : Ne bâtissez pas un bâtiment vide avec votre nom dessus

(You people love empty buildings with your name on them)

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Plusieurs organisations sont souvent accusées, par les communautés locales, d’aimer les bâtiments vides avec le nom du commanditaire en grosses lettres sur leurs murs. L’organisation s’installe, construit une école, rapporte le succès de leur projet aux donateurs et retourne dans leurs pays. Malheureusement, la communauté locale n’est pas impliquée dans le processus de prise de décisions et est souvent, par la suite, incapable d’entretenir le bâtiment ou de payer les salaires des professeurs. En plus d’être un gaspillage important d’argent, cette situation est facilement évitable.

Soyez sensible aux besoins de la communauté locale. Assurez-vous que le projet pour lequel vous travaillez répond aux réels besoins de la communauté locale et pas seulement aux besoins des bénévoles. Sans l’accord, la complicité et la responsabilisation des habitants de la région, la durabilité du projet devrait être mise en question.

Lorsque la nature même de l’organisation est fondée sur la profitabilité, la satisfaction des besoins des bénévoles passe souvent avant ceux de la communauté d’accueil. En faisant bien vos devoirs et en vous impliquant un minimum d’un mois pour l’organisation sélectionnée, vous pourrez réduire les risques de travailler dans le vide.

Règle 3 : Soyez un atout, pas une nécessité

(Be an asset, not a necessity)

Soyez réaliste. Vous ne serez pas là à l’infini. Si le projet devient dépendant à votre présence et que vous quittez, comment aurez-vous aidé au final? Vous ne devriez jamais remplacer un professeur, un ouvrier ou tout autre membre de la communauté capable de faire le travail. Votre présence pourrait entraver la création d’emplois locaux et le succès d’un programme d’aide se mesure souvent par sa pérennité.

Certains diront que de faire quelque chose est toujours mieux que de ne rien faire. Oui, mais n’est-ce pas une belle façon de se trouver une excuse? Pourquoi se limiter à « faire quelque chose »? Je croise beaucoup trop souvent de bénévoles venus en Afrique principalement pour peinturer les murs d’une école, pour construire une route ou pour nettoyer les champs. Sauf dans les cas où votre expertise est nécessaire pour ce genre de tâches, vous devriez laisser la place à un habitant de la communauté. Vous pouvez faire tellement mieux si vous le voulez vraiment.

Tentez d’avoir une meilleure vue d’ensemble. Mettez à profit votre expertise et, surtout, transférez vos connaissances à une personne qui pourra prendre la relève lorsque vous ne serez plus là.


Prochaines règles à venir...

Règle 4 : L’homme blanc dans une armure brillante

(White in Shining Armour)

C’est le fameux syndrome du héros blanc en habit kaki.

Encore aujourd’hui, le bénévolat international est souvent vu comme une nouvelle forme de colonialisme. L’homme blanc, venu pour sauver le pauvre monde de leur pauvreté. « Sauvez le monde », « Faites une différence colossale », « Sauvez les victimes » sont quelques-unes des formules marketing qui encouragent un déséquilibre malsain dans une relation « donneur » et « receveur ».

Avant même d’arriver en Afrique, je suis passé en mode « enfant » afin d’ouvrir mon esprit, d’apprendre davantage et de rester humble dans mes approches. En tant qu’enfant, j’ai tout à apprendre de cette société bien différente de la mienne et les gens que je rencontre se font un plaisir à m’enseigner ce qu’ils connaissent beaucoup mieux que moi.

Soyez honnête avec vous-même. Tenez-vous loin des doctrines du genre « Nous avons tout et ils n’ont rien ». Évitez de voir votre expérience comme un acte de « don », mais plutôt d’échange. Et tout échange est constitué d’une part de « donner » et d’une part de « recevoir en retour ». C’est en apprenant plus sur l’autre et en comprenant mieux leur culture que vous serez en mesure de bâtir une réelle solidarité. En adoptant un rôle d’enfant (ou d’apprenant), vous donnez aux habitants de votre communauté d’accueil le respect qu’ils méritent.

Uniquement à travers les rencontres que vous faites, vous seriez surpris de l’échange culturel qui peut se créer. Beaucoup de gens que vous rencontrez n’ont pas la chance de voyager à l’étranger comme vous et moi. Certaines personnes n’ont même jamais rien vu d’autre que leur propre village. Vous leur apportez donc l’opportunité d’en apprendre plus sur votre propre culture, en même temps qu’ils vous en enseignent sur la leur.

Par exemple, en étant une femme libre et indépendante, vous démontrez et promouvez les progrès et les droits de la femme. Les femmes de la localité remarquent assurément que vous voyagez en toute égalité à l’homme. Ne sous-estimez pas l’effet positif que cela puisse avoir chez elles. Vous êtes peut-être même un modèle pour certaines et vous en inspirez certainement plusieurs autres.

Règle 5 : Profiter de la pauvreté

(Profiteering from Poverty)

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Si le but d’une organisation est de maximiser les profits en soutenant l’image de la pauvreté et de la misère, il y a un problème fondamental dans le modèle de cette organisation. Plusieurs d’entre elles utilisent la pauvreté pour assurer une profitabilité et encourager une raison d’être de l’organisation. Qu’arrivera-t-il à long terme à cette « entreprise » si la pauvreté est réduite, voire éliminée dans la communauté où elle œuvre? Si les revenus de cette organisation dépendent de la misère des gens qu’elle « aide », il n’est pas dans l’intérêt de celle-ci d’éradiquer le problème à jamais.

Il ne faut toutefois pas confondre profitabilité et autosuffisance. Il est dans l’avantage de toute organisation de développer des activités génératrices de revenus. Celles-ci réduiront la dépendance aux donateurs et permettront certainement de développer l’emploi local.

Règle 6 : Faire une énorme différence… en deux semaines?

(Make a huge difference"… in two weeks?)

Ça prend du temps pour un bénévole avant d’être vraiment utile. Même le plus compétent et éduqué des bénévoles devra passer par une période d’ajustement préalable; que ce soit pour s’adapter à la culture locale que pour se sentir à l’aise autour du projet pour lequel il est impliqué. Soyez conscient des énergies et des ressources qui doivent être mises en place par l’organisation afin d’organiser votre accueil et votre intégration. N’oubliez pas aussi que le bénévolat de courte durée nécessite probablement plus de ressources pour l’organisation qu’elle lui en permettra de bénéficier. Plus longue sera votre immersion, plus grande sera votre réelle contribution à la cause.

Vous vous demandez alors probablement combien de temps vous devriez accorder pour votre bénévolat afin d’espérer faire une réelle différence. Répondre à cette question est un peu comme répondre à la question : « Combien longue devrait durer une relation amoureuse? ». Dans les deux cas, le mieux étant le plus longtemps possible, mais d’autres facteurs entrent en jeu : le type de projet, l’endroit, vos talents, vos responsabilités, vos attentes, etc.

Je crois beaucoup à une durée minimale d’un mois. Toutefois, je réalise qu’en un mois, je commence tout juste à mieux comprendre la réalité de l’endroit où je suis. Je recommande, ainsi que TheEthicalVolunteer, une durée d’au moins trois mois. Le premier vous permettant de vous adapter et d’en apprendre plus sur l’endroit, la culture, les gens, le projet et vos responsabilités. Le deuxième pour vous poser des actions concrètes et adaptées, et bâtir un programme solide et adapté. Finalement le troisième vous permettant de transférer vos connaissances et responsabilités à un habitant local afin d’assurer une continuité de vos efforts. Ne vous en faites pas, comme dans tout emploi, vous aurez du temps libre pour vous permettre de visiter et de profiter de tout ce que votre pays d’accueil aura à vous offrir. De plus, durant ces quelques mois, vous aurez le temps de développer des relations d’amitié avec les habitants locaux. Ces amitiés enrichiront votre expérience de bénévolat et constitueront des souvenirs inoubliables.

S’il vous est absolument impossible de le faire pour un minimum d’un mois, rester simplement réaliste sur les changements que vous pourrez apporter. Peut-être une implication locale à plus long terme, dans votre ville, serait plus bénéfique autant pour vous que pour les gens que vous désirez aider.

Règle 7 : Faites vos devoirs

(Do your homework)

Ça prend une arrogance aveugle pour s’imaginer pouvoir sauver le monde en ne connaissant presque rien sur la culture, les politiques, l’histoire et l’économie du pays que l’on prévoit visiter. Faites vos recherches. Connaissez les facteurs qui ont favorisé le développement du pays et ceux qui ont contribué à ses difficultés passées et futures. Choisissez aussi des organisations et des projets qui encouragent la durabilité de ses résultats, qui insistent sur l’implication des membres de la communauté, qui aspirent à se retirer de l’endroit dans un futur plus ou moins rapproché et qui respectent les sept règles du bénévolat éthique.

Sites de recherche pour bénévolat

Pendant mes recherches colossales d’organisations pour lesquels je pourrais, dans les 11 pays que je prévoyais visiter en Afrique, je me suis retrouvé avec certains sites préférés pour la recherche de bénévolat. Ceux-ci sont souvent gratuits pour les organisations et affichent des projets dont les coûts sont réalistes et minimes pour les bénévoles.

 

Comme vous pourrez le constater, je trouve difficile de m’y retrouver sur les sites trop populaires tels que Workaway.info , Wwoof.net ou Helpx.net . Je crois que l’on peut assurément trouver d’excellents projets sur ces sites, mais il faut y accorder plusieurs heures de recherches et de tris afin d’éliminer les offres de types « Vacances de câlins pour orphelins » (voir la règle no 1 du bénévolat éthique ), « Venez construire et peinturer une classe vide » (voir la règle no 2 du bénévolat éthique) ou « Venez sauver le monde » (voir la règle no 3 du bénévolat éthique).

 

Sans prendre la responsabilité de leurs affichages, je retrouve plus facilement le genre de projets que je recherche sur les sites suivants:

Montrer aussi du respect pour la culture que vous visitez en apprenant quelques mots de la langue locale. L’effet sera instantané. Vous déclencherez souvent la surprise, régulièrement les rires, mais vous profiterez incontestablement d’un capital de sympathie de la part des gens avec qui vous interagirez.

Finalement, ne pensez pas atterrir dans un pays, sans connaissance de leur réalité, y passer quelques mois et escompter le sortir de la misère. Par exemple, ça fait des milliers d’années que l’Afrique est touchée par la pauvreté et des millions de personnes tentent constamment de résoudre le problème, au niveau local et international. Je ne dis pas que vous ne pourrez rien faire pour l’Afrique. Vous pourrez sans aucun doute améliorer la vie d’une partie de la population ou d’une cause, mais gérez vos attentes et ayez des rêves réalistes.

En faisant vos devoirs correctement toutefois, vous serez plus préparé, plus confiant et vous augmenterez vos chances d’avoir une influence positive auprès de la communauté que vous visitez.

Librement inspiré de TheEthicalVolunteer.com

Cet article est grandement inspiré des 7 péchés capitaux du mauvais bénévole (« 7 Deadly Sins of bad volunteering ») décrits sur le site TheEthicalVolunteer.com/Education. Sans toutefois valoriser tout le contenu du site, je crois que ses énoncés représentent bien ma vision du bénévolat. À ces péchés, j’ajoute mon opinion, mes commentaires, mes expériences ou mes propres histoires.


Inutile et sans espoir

Certains jours, je me sens littéralement inutile et sans espoir. Je n’ai pas besoin de vous dire que ces jours sont difficiles et douloureux, mais ils sont surtout provocants. Ils engendrent souvent une suite de décisions et d’actions inspirantes et marquantes dans ma vie. Sans savoir si mes sentiments noirs d’aujourd’hui sauront créer la lumière de demain, je vous amène avec moi dans ma petite déprime.

J’ai beau être débordé de tâches et d’objectifs avec Stepping Stones, l’école où j’enseigne, j’ai quand même un étrange d’impression que j’en fais si peu lorsque je vois tout ce qui pourrait être accompli autour de moi. Stepping Stones est un OBNL et, en plus de posséder des centaines de ressources uniques au pays et d’offrir un enseignement considérablement progressif, accepte gratuitement un enfant pauvre pour chacun des étudiants payants. Ce ratio est aussi vrai pour le programme de repas scolaire : 30 élèves mal nourris mangent gratuitement tous les jours un diner complet et nutritif. Alice, la directrice de l’école, supporte aussi financièrement et matériellement deux écoles préscolaires, des regroupements de femmes et des dizaines de jeunes handicapés de la région. Je ne compte plus le nombre d’actions qu’elle a posées pour aider tous ces gens.

Nécessairement, moi, ici, je fais partie de ce mouvement d’entraide et d’amélioration du sort de plusieurs jeunes et moins jeunes. Je permets à des mères de rêver qu’un ou plusieurs de leurs enfants aient accès à une excellente éducation, de ce fait même à un avenir prépondérant. J’ai aussi, il y a deux mois, été touché par deux petits diamants d’enfants pour qui j’ai défendu leurs acceptations dans notre école gratuitement, malgré que l’ordre était de suspendre les nouveaux étudiants sans frais, le temps qu’Alice était absente.

Mphatso, l'un des 3 diamants que j'ai accepté gratuitement à l'école

Malgré tout, je suis payé pour faire tout cela, et quand même mieux que la majorité des gens qui m’entourent; avec mes maigres 120 $ par mois. Je vis aussi comme une princesse, avec de l’électricité (la majorité du temps), une douche (quelques fois chaude), une toilette qui chasse et un lit à deux places. J’ai mes repas cuisinés pour moi et une alimentation complète et variée. Malgré tout, je continue de recevoir des demandes personnelles de soutiens monétaires, d’investissement ou d’aide chaque jour. Malgré tout, je suis témoin de dizaines de situations difficiles où mon aide serait appréciée; si j’avais plus de temps, d’argent ou de contacts. Malgré tout, j’ai toujours un pincement au cœur égoïste lorsque j’offre mon argent personnel. Et, malgré tout, j’ai régulièrement une dissonance que mon apport est minime, presque inutile.

Nécessairement, si mes actions inutiles d’aujourd’hui n’auront aucun impact demain, je perds espoir... des fois. Je me dis trop souvent « à quoi bon ». À quoi bon continuer de cogner sur un clou qui s’enfonce dans une planche dont l’autre extrémité est en train de brûler?

Ce n’est pas toujours évident d’accepter de pouvoir en faire si peu, ou de réaliser qu’on ne sera jamais un Gandhi ou une mère Thérésa de ce monde. Quand on prend conscience de tout ce qui est mis en place dans le monde pour tenter de le changer et de le rendre meilleur, mais que personnellement, nous n’améliorons pas grand-chose, on finit par se sentir inutile et sans espoir.

Certain(e)s me disent que je dois simplement accepter que je ne sois pas en mesure de changer ce qui ne peut pas être changé. Cependant, où se situe la limite entre l’abandon et le lâcher-prise? Le savez-vous?


Q & R : Comment pratiquer le bénévolat éthique? | Règle 5

De nos jours, il ne suffit plus de faire du bénévolat; il faut le faire adéquatement et éthiquement. Toutefois, avec tout le marketing qui est fait autour du sujet, il est difficile de s’y retrouver et de bien choisir. En m’inspirant de mes lectures exhaustives sur le sujet, ainsi que de mes expériences sur le terrain, je vous dresse mon propre portrait du bénévolat éthique, en sept règles.

Règle 5 : Profiter de la pauvreté

(Profiteering from Poverty)

Si le but d’une organisation est de maximiser les profits en soutenant l’image de la pauvreté et de la misère, il y a un problème fondamental dans le modèle de cette organisation. Plusieurs d’entre elles utilisent la pauvreté pour assurer une profitabilité et encourager une raison d’être de l’organisation. Qu’arrivera-t-il à long terme à cette « entreprise » si la pauvreté est réduite, voire éliminée dans la communauté où elle œuvre? Si les revenus de cette organisation dépendent de la misère des gens qu’elle « aide », il n’est pas dans l’intérêt de celle-ci d’éradiquer le problème à jamais.

Il ne faut toutefois pas confondre profitabilité et autosuffisance. Il est dans l’avantage de toute organisation de développer des activités génératrices de revenus. Celles-ci réduiront la dépendance aux donateurs et permettront certainement de développer l’emploi local.

Librement inspiré de TheEthicalVolunteer.com

Cet article est grandement inspiré des 7 péchés capitaux du mauvais bénévole (« 7 Deadly Sins of bad volunteering ») décrits sur le site TheEthicalVolunteer.com/Education. Sans toutefois valoriser tout le contenu du site, je crois que ses énoncés représentent bien ma vision du bénévolat. À ces péchés, j’ajoute mon opinion, mes commentaires, mes expériences ou mes propres histoires.


Q & R : Comment pratiquer le bénévolat éthique? | Règle 4

De nos jours, il ne suffit plus de faire du bénévolat; il faut le faire adéquatement et éthiquement. Toutefois, avec tout le marketing qui est fait autour du sujet, il est difficile de s’y retrouver et de bien choisir. En m’inspirant de mes lectures exhaustives sur le sujet, ainsi que de mes expériences sur le terrain, je vous dresse mon propre portrait du bénévolat éthique, en sept règles.

Règle 4 : L’homme blanc dans une armure brillante

(White in Shining Armour)

C’est le fameux syndrome du héros blanc en habit kaki.

Encore aujourd’hui, le bénévolat international est souvent vu comme une nouvelle forme de colonialisme. L’homme blanc, venu pour sauver le pauvre monde de leur pauvreté. « Sauvez le monde », « Faites une différence colossale », « Sauvez les victimes » sont quelques-unes des formules marketing qui encouragent un déséquilibre malsain dans une relation « donneur » et « receveur ».

Avant même d’arriver en Afrique, je suis passé en mode « enfant » afin d’ouvrir mon esprit, d’apprendre davantage et de rester humble dans mes approches. En tant qu’enfant, j’ai tout à apprendre de cette société bien différente de la mienne et les gens que je rencontre se font un plaisir à m’enseigner ce qu’ils connaissent beaucoup mieux que moi.

Soyez honnête avec vous-même. Tenez-vous loin des doctrines du genre « Nous avons tout et ils n’ont rien ». Évitez de voir votre expérience comme un acte de « don », mais plutôt d’échange. Et tout échange est constitué d’une part de « donner » et d’une part de « recevoir en retour ». C’est en apprenant plus sur l’autre et en comprenant mieux leur culture que vous serez en mesure de bâtir une réelle solidarité. En adoptant un rôle d’enfant (ou d’apprenant), vous donnez aux habitants de votre communauté d’accueil le respect qu’ils méritent.

Uniquement à travers les rencontres que vous faites, vous seriez surpris de l’échange culturel qui peut se créer. Beaucoup de gens que vous rencontrez n’ont pas la chance de voyager à l’étranger comme vous et moi. Certaines personnes n’ont même jamais rien vu d’autre que leur propre village. Vous leur apportez donc l’opportunité d’en apprendre plus sur votre propre culture, en même temps qu’ils vous en enseignent sur la leur.

Par exemple, en étant une femme libre et indépendante, vous démontrez et promouvez les progrès et les droits de la femme. Les femmes de la localité remarquent assurément que vous voyagez en toute égalité à l’homme. Ne sous-estimez pas l’effet positif que cela puisse avoir chez elles. Vous êtes peut-être même un modèle pour certaines et vous en inspirez certainement plusieurs autres.

Librement inspiré de TheEthicalVolunteer.com

Cet article est grandement inspiré des 7 péchés capitaux du mauvais bénévole (« 7 Deadly Sins of bad volunteering ») décrits sur le site TheEthicalVolunteer.com/Education. Sans toutefois valoriser tout le contenu du site, je crois que ses énoncés représentent bien ma vision du bénévolat. À ces péchés, j’ajoute mon opinion, mes commentaires, mes expériences ou mes propres histoires.


Retour au Québec pour le mois de juillet

La décision fût difficile à prendre, mais j’ai choisi de saisir une belle porte qui s'est ouverte à moi. Je serai professeur-directeur dans une école primaire du Malawi pendant dix mois (septembre 2017 à juillet 2018). Avant de commencer cette nouvelle aventure, je reviens au Québec pour le mois de juillet. Je vous donne tous les détails dans cet article.

Créer son opportunité

Mon mois de bénévolat pour l’école primaire de Stepping Stones de Nkhatta Bay a été l’une des plus belles expériences de ma vie. Non seulement j’ai eu la chance d’adapter et de produire une pièce de théâtre avec les enfants, mais j’ai aussi découvert une école incroyable, des professeurs de cœur et des élèves engageants. D’ailleurs, pour chaque élève qui paie des frais de scolarité, cette école primaire privée offre l’accès gratuit à un enfant dans le besoin (orphelins, parents sans revenu, etc.). C’est la façon que la fondatrice-directrice, Alice, a trouvée pour redonner à communauté locale et pour élargir l’accès à l’éducation aux enfants du village.

Un jour au retour de l’école, au moment où je sortais de l’autobus, une émotion a fait surface : j’étais authentiquement bien. J’étais à MA place. Comme j’étais très proche d’Alice, je lui ai fait immédiatement part de mes sentiments. Je savais aussi qu’en septembre prochain, Alice retournerait sur les bancs d’école afin de devenir enseignante diplômée. L’école se retrouverait donc en manque d’un enseignant d’anglais et du fait même d’un directeur. J’ai alors proposé l’idée ridicule de prendre la place d’Alice pendant son absence. À l’inverse de la réaction que je m’attendais, Alice a accueilli ma suggestion comme une vraie bénédiction.

Cette décision impliquait beaucoup de changements et impactait directement mon aventure, je devais par conséquent m’assurer que c’était vraiment ce que je voulais faire. J’avais besoin d’un moment seul à réfléchir. Je devais provoquer le déséquilibre pour me rapprocher de mes sentiments et mieux comprendre mon instinct. Après seulement quelques semaines en Tanzanie, j’ai su que ce serait la bonne décision. Voici pourquoi.

Prendre la bonne décision

Comme je vous en ai déjà parlé dans mon article « Q & R : Pourquoi tout vendre et voyager? », mon aventure Aider Sans Compter allait, entre autres, me permettre d’identifier de nouveaux ancrages sacrés. Je savais déjà que pour être heureux, je devais côtoyer des enfants sur une base régulière et que je devais avoir un impact positif chez les autres (les inspirer). Depuis octobre 2016, plusieurs autres ancrages sacrés ont fait surface. Les deux plus marqués sont que je suis épuisé de fuir (ma vie précédente pourrait littéralement se diviser en cycles de 2-3 ans) et que je veux développer un sentiment d’appartenance. Nécessairement, ce n’est pas en ne restant quelques jours à un endroit lors de mes déplacements, ni même en n’habitant un mois à un autre lors de mon bénévolat, que je réponds à ces nouveaux ancrages sacrés.

Mon implication dans cette école toutefois répondra à ces trois importants ancrages sacrés. Et puis, en tant que professeur, j’inspirerai plusieurs jeunes âmes et je donnerai non seulement ce qu’il y a de plus précieux dans la vie, la connaissance, mais surtout, je leur ouvrirai la plus grande des portes pour l’avenir d’un Africain : l’anglais. Avec cette langue, ils et elles décupleront leurs possibilités de carrière et se donneront le droit de rêver.

Comme vous le savez déjà, mon plan initial était de continuer jusqu’en Inde, en passant par le Rwanda, l’Ouganda, le Kenya et l’Éthiopie. Même si la découverte de ces pays m’excite, je réalise que ce qui m’allume le plus de mon aventure c’est le côté humanitaire; donner et inspirer occupe une plus grande place dans mon cœur pour le moment. D’autre part, avec la réalisation dernièrement de mon seul rêve planifié, l’accès au camp de réfugié(e)s de Nyarugusu (voir l’article), j’ai un grand sentiment d’accomplissement et de réussite qui m’envahis et qui fait émerger de nouveaux rêves différents de ceux préalablement chéris.

Avec le temps aussi, j’ai perdu cette naïveté que j’avais dans les débuts de mon aventure. J’ai perdu ce regard sur le quotidien du voyage qui me poussait à interagir avec tout le monde et n’importe qui. Inconsciemment, je m’isole au nouveau et m’éloigne de l’émerveillement de la découverte. Et, finalement, j’ai une aversion grandissante à l’égard du racisme africain (voir l’article).

Je n’ai pas l’intention de laisser tomber AiderSansCompter.com. Peut-être y aura-t-il une quantité réduite de publications dût au quotidien qui ne génèrera pas toujours autant de créativité ou de sujet intéressant pour vous. Toutefois, j’ai la ferme intention de continuer à publier. J’aimerais vous présenter mes élèves, leurs histoires et leurs accomplissements. Je veux aussi continuer de vous partager le fruit de mes réflexions. Et je me lancerai quelques fois dans des aventures de courtes durées qui surement pourront vous faire rêver.

En résumé

Je serai enseignant d’anglais pour la classe de 5e année (entre autres) de septembre 2017 à juin 2018 (10 mois) à Nkhatta Bay au Malawi pour une école primaire internationale. J’aurai également des tâches de directeur (paie des employés et enseignants, gestion de la cuisine et des nouvelles constructions, examens, réunions de parents, etc.). J’habiterai à Butterfly Space gratuitement et recevrai un maigre 120 $ par mois pour me permettre de manger et de me déplacer.

Toutefois, parce que mon Québec me manque énormément et que je ne saurais supporter un autre 10 mois sans faire le plein de mes origines, je reviendrai au Québec pendant tout le mois de juillet (23 juin au 7 août). Je ferai ma tournée des régions pour voir mes proches, mais je vous invite à communiquer avec moi si vous aimiez qu’on se voie pour n’importe quelle raison. Il me fera SUPER plaisir de passer du temps avec vous et d’avoir de belles discussions. Voici justement mon horaire préliminaire (flexible et sujet à changements sans préavis) :

  • 25 juin au 9 juillet : Québec
  • 10 au 20 juillet : Beauce
  • 21 au 29 juillet : Sherbrooke
  • 30 juillet au 5 août : Beauce
  • 6 et 7 août : Montréal

Et après mes 10 mois d’implication au Malawi? Je ne sais pas encore. Peut-être que je continuerai mon aventure comme prévu. Peut-être que j’ajusterai mon itinéraire initial. Peut-être que je déciderai de rester au Malawi pour encore plus longtemps. Peut-être que je reviendrai au Québec pour de bon. Beaucoup de peut-être, aucune certitude.


Camp de réfugié(e)s de Nyarugusu

Avant de partir à l’aventure, je me suis préparé pendant plus d’un an, mais je n’ai rien planifié… sauf une seule chose. Un seul incontournable primordial : visiter le camp de réfugié(e)s de Nyarugusu. J’en avais fait la promesse à ma deuxième famille et j’allais tout faire pour tenir ma promesse.

Le rêve

En septembre 2015, j’ai décidé de m’impliquer auprès des familles réfugiées à Sherbrooke. J’ai donc approché l’organisme SAFRIE (Soutien aux familles réfugiées et immigrantes de l’Estrie). Ils m’ont immédiatement attribué la famille André, une famille extraordinaire de cinq enfants, de 5 à 17 ans, arrivée depuis quelques mois au Québec (Jean-Claude, Réhéma, Anserme, Kérémesia et Nadia)

De gauche à droite : Réhéma, Nadia, Jean-Claude, Kérémesia et Anserme)

Bien que mon mandat premier soit d’aider les deux enfants plus vieux dans leurs devoirs, mon implication s’est vite étendue à aider tous les enfants dans une multitude d’aspects de leur intégration : devoirs, achats divers, visites, sorties éducatives, transports, activités plein air et sportives, etc. Pendant un an, je les voyais de deux à trois fois par semaine. Nous nous sommes donc beaucoup attachés tous les six; ils étaient ma deuxième famille… les enfants que je n’ai jamais eus.

Lorsqu’est venu le jour où je devais leur annoncer mon départ de plusieurs mois en Afrique, je savais que ce serait aussi difficile pour eux que pour moi. Pour faciliter le deuil de notre côtoiement, je leur ai fait la promesse que lorsque je serai en Tanzanie, je ferais tout en mon possible pour, au minimum, visiter le camp de réfugiés où ils sont tous et toutes né(e)s : le camp Nyarugusu .

Ce camp, situé à 55 km de Kasulu, tout près de la frontière du Burundi au nord-ouest, est l’un des plus peuplés du monde. Ils comptaient plus de 300 000 réfugiées, principalement en provenance du Congo et du Burundi, avant qu’une grande partie de la population soit transférée séparément dans deux autres nouveaux camps près de Kibondo , plus au Nord. Sans faire de promesses que je ne pourrais peut-être pas tenir, je leur ai confié que j’essayerais de visiter le quartier où ils avaient grandi et de rencontrer leurs amis et voisins encore présents dans le camp.

Entamer son rêve

Dès mon entrée au pays, je me suis procuré une moto pour me permettre de me rendre dans la région de Kigoma où se trouve le camp de Nyarugusu, à plus de 850 km de Mbeya. J’ai affronté les routes les plus difficiles, j’ai mangé la poussière, je me suis perdu, j’ai habité chez les moines catholiques, j’ai communiqué dans une langue quasiment inconnue (le Swahili), j’ai cogné à des portes fermées et j’ai passé proche de la mort dans le parc national de Katavi. J’ai toutefois atteint la ville de Kasulu sain et sauf le 4 juin.

Arrivé à Kasulu, je me suis cherché un hôtel. Pendant mes allées venues dans la ville, j’ai croisé un immense complexe identifié UN (Nations Unies) et je savais qu’ils sont l’un des seuls organismes à administrer le camp. J’ai donc frappé à leur porte les doigts croisés dans le dos. Après avoir raconté mon histoire à trois différentes personnes, on m’a recommandé de revenir le lendemain (nous étions dimanche) où l’on pourrait me rediriger vers les quartiers généraux à quelques kilomètres de là. Me voilà donc à 8 h du matin à la guérite du QG des Nations Unies, à exposer mon rêve aux agents de sécurité, ensuite au chef de la sécurité, à la réception de l’administration, au responsable des visiteurs et finalement au directeur de la coordination.

Ce dernier a ensuite fait des pieds et des mains pour m’ouvrir trois différentes portes. La première fut de transférer mes informations et mon CV au bureau général des Nations Unies à Dar Es-Salaam pour d’éventuelles opportunités de bénévolats. La deuxième fût de m’indiquer la façon de me rendre directement au camp de réfugié(e)s à 55 km de là pour m’adresser au bureau du Ministère des Affaires intérieures et discuter d’une éventuelle visite. La troisième porte, en dernier recourt, fut de m’offrir de faire parvenir directement le cellulaire à la famille anciennement voisine de la famille Andrée. Car la maman m’a remis un peu d’argent avant mon départ et m’a fait promettre d’acheter un téléphone cellulaire en Tanzanie et de le donner à une famille très proche d’eux, qui habite encore le camp, afin qu’ils puissent reprendre contact.

Boucler la boucle

Le matin du 7 juin, j’enfourche donc ma moto en direction du Camp de réfugié(e)s de Nyarugusu. Après 1 h 30 de conduite aveugle à me remplir les poumons de poussière rouge, j’aperçois les dizaines d’enseignes m’indiquant que je suis tout près de mon objectif.

Mon premier obstacle est le barrage de police. Je dois leur raconter mon histoire, leur expliquer qu’on m’a recommandé de me présenter au bureau du ministère des affaires intérieures le plus proche de Kasulu pour rencontrer le directeur et leur proposer d’appeler le directeur de la coordination que j’avais rencontré le jour précédent. Ils finissent par me laisser passer, sous escorte, pour me rendre au bureau du ministère.

À ce moment même, j’ai le pressentiment que ce sera peut-être la première et dernière fois que je pourrai voir le camp. J’arrête donc mon regard sur tout ce que je peux. J’observe tout et assimile beaucoup. De l’école primaire à la clinique médicale, en passant par le marché, les femmes qui transportent leur baril d’eau et les enfants qui courent partout. En fin de compte, c’est comme un n’importe quel village africain d’importance, sauf qu’ici, personne ne peut sortir (ni entrer) du village.

Ce qui attire surtout mon attention, ce sont les centaines d’habitants regroupés aux alentours de trois gros autobus voyageurs. Certains fêtent, d’autres pleurent et presque tous et toutes prennent des photos. La majorité des réfugiés attroupés portent des vêtements neufs et plusieurs arborent l’effigie américaine ou canadienne. C’est alors que je comprends que ces autobus amèneront tous ces réfugié(e)s vers leur nouveau pays d’accueil, après un long périple de paperasse administrative, de vols, de chocs et d’acclimatation. De futurs nouveaux arrivants aux États-Unis (pauvres eux) et au Canada. De nouvelles familles comme la famille André. Des enfants comme ceux que j’avais aidés à s’intégrer. À ce moment précis, je venais de boucler la boucle… Je venais de saisir le sens d’une grande partie de mon aventure.

Accomplir son rêve altéré

Rendu au bureau, je rencontre le directeur du ministère des Affaires intérieures qui, malheureusement, ne peut pas m’autoriser à me rendre plus profondément dans le camp. Il me propose toutefois d’envoyer quelqu’un dans le quartier où la famille André habitait pour ramener les voisins et amis.

Grâce à l’information que m’avaient fournie les enfants, la liste des noms et une photo d’un d’entre eux que j’avais imprimée et trainée avec moi depuis l’Afrique du Sud, j’ai pu, après seulement trois heures d’attentes, faire leur connaissance.

Pendant trois autres heures, je me suis présenté, je leur ai raconté mon histoire, nous avons regardé des photos de la famille André, nous avons pris des photos ensemble et nous avons même appelé la famille André grâce à mon Skype. Je leur ai aussi remis l’argent promis et je les ai avisé(e)s que je ferai parvenir un téléphone cellulaire neuf dès le lendemain. Après des adieux émotifs, j’ai dû les quitter, impuissant de pouvoir faire plus pour eux.

Au final, je n’aurai pas pu m’impliquer dans le camp, ni même voir où habitait la famille André. Cependant, je ne suis pas triste ou amer de cet échec partiel. Je suis plutôt très fier d’avoir bravé la distance et les obstacles pour atteindre cet objectif symbolique de mon aventure.


Finaliste pour la bourse Osez l'aventure!

Dernièrement, j’ai tenté ma chance pour une deuxième année consécutive pour la bourse Osez l’aventure de Frédéric Dion. J’ai appris cette semaine que je suis finaliste! Ça me touche toujours énormément de savoir que d’autres personnes croient en moi et en ce que je fais. Il ne me reste maintenant qu’à souhaiter que je sois sélectionné le 9 mai.

Merci à tout ceux et celles qui croient en moi!


Q & R : Comment pratiquer le bénévolat éthique? | Règle 3

De nos jours, il ne suffit plus de faire du bénévolat; il faut le faire adéquatement et éthiquement. Toutefois, avec tout le marketing qui est fait autour du sujet, il est difficile de s’y retrouver et de bien choisir. En m’inspirant de mes lectures exhaustives sur le sujet, ainsi que de mes expériences sur le terrain, je vous dresse mon propre portrait du bénévolat éthique, en sept règles.

Règle 3 : Soyez un atout, pas une nécessité

(Be an asset, not a necessity)

Soyez réaliste. Vous ne serez pas là à l’infini. Si le projet devient dépendant à votre présence et que vous quittez, comment aurez-vous aidé au final? Vous ne devriez jamais remplacer un professeur, un ouvrier ou tout autre membre de la communauté capable de faire le travail. Votre présence pourrait entraver la création d’emplois locaux et le succès d’un programme d’aide se mesure souvent par sa pérennité.

Certains diront que de faire quelque chose est toujours mieux que de ne rien faire. Oui, mais n’est-ce pas une belle façon de se trouver une excuse? Pourquoi se limiter à « faire quelque chose »? Je croise beaucoup trop souvent de bénévoles venus en Afrique principalement pour peinturer les murs d’une école, pour construire une route ou pour nettoyer les champs. Sauf dans les cas où votre expertise est nécessaire pour ce genre de tâches, vous devriez laisser la place à un habitant de la communauté. Vous pouvez faire tellement mieux si vous le voulez vraiment.

Tentez d’avoir une meilleure vue d’ensemble. Mettez à profit votre expertise et, surtout, transférez vos connaissances à une personne qui pourra prendre la relève lorsque vous ne serez plus là.

Librement inspiré de TheEthicalVolunteer.com

Cet article est grandement inspiré des 7 péchés capitaux du mauvais bénévole (« 7 Deadly Sins of bad volunteering ») décrits sur le site TheEthicalVolunteer.com/Education. Sans toutefois valoriser tout le contenu du site, je crois que ses énoncés représentent bien ma vision du bénévolat. À ces péchés, j’ajoute mon opinion, mes commentaires, mes expériences ou mes propres histoires.


Q & R : Comment pratiquer le bénévolat éthique? | Règle 2

De nos jours, il ne suffit plus de faire du bénévolat; il faut le faire adéquatement et éthiquement. Toutefois, avec tout le marketing qui est fait autour du sujet, il est difficile de s’y retrouver et de bien choisir. En m’inspirant de mes lectures exhaustives sur le sujet, ainsi que de mes expériences sur le terrain, je vous dresse mon propre portrait du bénévolat éthique, en sept règles.

Règle 2 : Ne bâtissez pas un bâtiment vide avec votre nom dessus

(You people love empty buildings with your name on them)

Plusieurs organisations sont souvent accusées, par les communautés locales, d’aimer les bâtiments vides avec le nom du commanditaire en grosses lettres sur leurs murs. L’organisation s’installe, construit une école, rapporte le succès de leur projet aux donateurs et retourne dans leurs pays. Malheureusement, la communauté locale n’est pas impliquée dans le processus de prise de décisions et est souvent, par la suite, incapable d’entretenir le bâtiment ou de payer les salaires des professeurs. En plus d’être un gaspillage important d’argent, cette situation est facilement évitable.

Soyez sensible aux besoins de la communauté locale. Assurez-vous que le projet pour lequel vous travaillez répond aux réels besoins de la communauté locale et pas seulement aux besoins des bénévoles. Sans l’accord, la complicité et la responsabilisation des habitants de la région, la durabilité du projet devrait être mise en question.

Lorsque la nature même de l’organisation est fondée sur la profitabilité, la satisfaction des besoins des bénévoles passe souvent avant ceux de la communauté d’accueil. En faisant bien vos devoirs et en vous impliquant un minimum d’un mois pour l’organisation sélectionnée, vous pourrez réduire les risques de travailler dans le vide.

Librement inspiré de TheEthicalVolunteer.com

Cet article est grandement inspiré des 7 péchés capitaux du mauvais bénévole (« 7 Deadly Sins of bad volunteering ») décrits sur le site TheEthicalVolunteer.com/Education. Sans toutefois valoriser tout le contenu du site, je crois que ses énoncés représentent bien ma vision du bénévolat. À ces péchés, j’ajoute mon opinion, mes commentaires, mes expériences ou mes propres histoires.